Delphine de Vigan - Les heures souterraines
Bienvenue du côté de chez SAM.
Delphine de Vigan nous conduit, avec son dernier roman, dans « les heures souterraines ».
Mathilde sait, par une voyante, que le 20 mai, sa vie va changer.
Depuis 8 ans, Mathilde est l’adjointe de Jacques Pelletier, le Directeur de Marketing de la plus grosse firme de Nutrition et Santé d’un groupe alimentaire international.
Sa vie est devenue infernale. Jacques, avec qui elle formait une fine équipe, a complètement changé de comportement à son égard, depuis 8 mois. La quarantenaire cherche à comprendre quand ça a basculé.
On va suivre Mathilde tout au long de cette journée du 20 mai.
Jusque dans les bas-fond de la ville.
« Même en période d’affluence, il subsiste dans les transports en commun quelque chose qui relève de l’intimité, du quant-à-soi, une limite imposée à l’œil faute de pouvoir s’imposer au corps. »
Jusque dans ses réflexions concernant les conditions de travail, où elle se demande « si l’entreprise, dans ses rituels, sa hiérarchie, ses modes de fonctionnement, n’est pas tout simplement le lieu souverain de la violence et de l’impunité. »
Jusqu’au « moment où l’on ne peut pas se baisser plus bas. »
Le même jour, dans la même ville, Thibault, médecin aux Urgences Médicales depuis 15 ans, quitte Lila qu’il aime mais qui ne l’aime pas.
« Il suffit de les regarder quand elle marche à côté de lui sans jamais l’effleurer ni le toucher, il suffit de les observer au restaurant où à n’importe quelle terrasse de café, et cette distance qui les sépare, il suffit de les voir de haut, au bord d’une quelconque piscine, leur corps parallèles, ces caresses qu’elle ne lui rend pas et auxquelles il a renoncé. »
Lila, qui ne donne que pendant l’amour, qui le reste du temps ne concède rien.
On suit Thibault avec son manque de Lila.
« L’échec amoureux n’est ni plus ni moins qu’un calcul coincé dans les riens. De la taille d’un grain de sable, d’un petit pois, d’une bille ou d’une balle de golf, une cristallisation de substances chimiques susceptibles de provoquer une douleur forte, voire insoutenable. Qui finit toujours par s’éteindre. »
Dans ses pérégrinations à travers la ville pour se rendre chez ses patients.
« Avant d’y vivre, il ignorait que la ville pouvait être abandonnée. A ce point déliquescente. Il ne connaissait pas son visage ravagé, ses façades décrépies, ses parfums de déréliction. Il ignorait que la ville pouvait exhaler une telle puanteur et se laisser ronger par petits bouts. »
Jusqu’au « moment où l’on ne peut pas se baisser plus bas. »
« Les heures souterraines » n’est pas un roman sur le harcèlement ou le manque, ni sur la perte. Delphine de Vigan a creusé jusqu’aux entrailles de la ville, jusqu’au tréfonds de la souffrance. Néanmoins, ce style descriptif entrave la compassion que le lecteur pourrait ressentir pour ces deux personnages.
La platitude de certains passages interroge quant à l’inconstance de l’écriture de l’auteur.
On retiendra son habilité à retranscrire sa vision du monde.
La semaine prochaine, nous terminerons cette rentrée littéraire avec le premier roman de Sacha Sperling « Mes illusions donnent sur la cour ».
En attendant, bonne lecture.
Diffusé le lundi 7 décembre 2009 à 18h20, le mardi 8 à 8h45 et 16h20, le mercredi 9 à 14h45 et 23h45, le jeudi 10 à 11h45 et le vendredi 11 à 9h20, le samedi 12 à 17h15 et le dimanche 13 décembre 2009 à 9h45 et 17h45 sur IS75.
A réécouter en podcast ici