La lettre aux adieux ou comment faire son deuil

Publié le par SAM

Ce n’est pas possible, je n’y crois pas ! C’est inconcevable !

On nous ment, on nous teste pour connaître notre degré d’endurance. Mon Dieu ! Je ne peux pas me faire à cette idée ! Plutôt mourir !

Je pleure toutes les larmes de mon corps ! Je pleure comme une madeleine et rien ne pourra en interrompre l’écoulement.

Comment vais-je faire, moi ? Seule, me voilà seule, abandonnée à mon triste sort ! Que vais-je devenir ? Ma vie est finie ! Vous entendez, FI-NIE !

C’est à chaque fois la même chose. Il suffit qu’un drame se produise pour qu’elle se rende compte de son triste état. Avant cela, tout va bien. Elle vit d’un agréable confort. Ses journées se déroulent identiques les unes aux autres, elle ne fait rien pour que cela change. Tout lui convient de cette façon.

Jusqu’au jour où tout bascule. Au secours, à l’aide ! C’est la fin du monde ! L’Apocalypse ! Les témoins de Jéhova avaient raison. Nous sombrons dans le néant, la déchéance ! Les femmes et les enfants d’abord !

Elle sait qu’elle va s’en remettre, que ce n’est ni la première, ni la dernière fois. Tel un félin, elle rebondit sur ses pattes, alerte. Pourtant, à chaque fois, rebelote, c’est reparti, elle remet ça !

Je pensais que c’était juste une plaisanterie, que cela n’arriverait pas pour de vrai, que c’était pour rire.

Il n’avait pas l’air si malade. Tous ces examens, ce n’étaient que des formalités. Les médecins font leur travail, un point c’est tout ! Il avait bonne mine quand je suis passée hier. Il m’a même demandé des nouvelles de Madame Bertin.

C’est vrai qu’il était devenu exigent mais on ne s’arrange pas avec l’âge !

J’espère qu’il n’a pas trop souffert. Lui qui voulait partir de chez lui, sûrement pas d’un hôpital !

Mon Dieu, faites qu’il me pardonne, mais je ne pouvais pas y arriver toute seule ! Lui faire ses piqûres, oh non, j’aurai eu trop peur de lui faire mal !

Madame Bertin lui devait de l’argent. Elle n’allait pas s’en tirer à si bon compte. Elle se mettait le doigt dans l’œil si elle pensait que la maladie le rendrait indulgent ou même amnésique !

Bien sûr que l’on devient un peu impotent avec le temps mais la vieillesse a dû lui taper dessus il y a bien longtemps déjà ! C’est bien pour ça qu’il était hors de question qu’elle en prenne la totale responsabilité. Si la vue d’une simple aiguille ne lui retournait pas la tête, elle s’en serait donnée à cœur joie de la lui enfoncer dans le gras du ventre matin et soir !

Qu’il ait souffert ou non, elle s’en fiche pas mal. Il faut bien qu’il paye pour tous les tracas qu’il lui a causés !

On était bien ici, tous ensemble.

On ne se connaissait pas, mais on tissait obligatoirement des liens avec certains.

Qu’est-ce que c’était sympa ! Ah ça, on bossait dur ! Mais on savait aussi plaisanter. Nos petites discussions qui déplaisaient à quelques uns, qui savaient nous le faire remarquer ! Il y en a qui se prennent trop au sérieux. Y a pas mort d’homme tout de même !

Les plus forts toujours là pour soutenir les moins performants ! Cet endroit respirait vraiment la convivialité, l’entraide.

Je suis tellement sous le choc de la faillite que je n’ai plus goût à rien. Je pourrais chercher un autre lieu de ce genre, il y en a en abondance, mais non, ce ne sera jamais pareil !

Qui aurait pu prévoir un tel dénouement ? Tout ne marchait pas comme sur des roulettes, il y avait parfois quelques retards, mais on s’en fichait, jamais un mot au-dessus de l’autre ! On patientait sagement, en profitant pour échanger en bonne camaraderie !

Je ne m’y attendais pas du tout ! Si ç’avait été le 1er avril, j’aurais cru à un poisson !

C’est la catastrophe ! C’était la seule vraie occupation qui me désennuyait de tout le reste, le seul espace où j’étais moi-même !

Oui, c’était bien, au début, puis cette compétition, celui qui sera plus doué que les autres !

Pour bosser, fallait-il seulement avoir quelque chose à se mettre sous la dent ! Et dès que c’était le calme à bord, il y en avait toujours pour lancer des polémiques, papoter devant tout le monde sur des sujets qui ne concernaient que deux voir trois. Voyeuristes ! Ne vous inquiétez pas, on ne risquait pas de vous oubliez !

C’était à prévoir que ça ne durerait pas éternellement à ce train là. Cela faisait depuis plusieurs mois que ça prenait l’eau. On éponge comme on peut jusqu’au moment où il vaut mieux sauter avant le naufrage !

Je ne m’en fais pas pour elle, elle ne désertera pas longtemps la dizaine d’autres salons où elle est active !

Mon bébé me quitte ! Y avait pas le feu au lac ! Elle ne me dérangeait pas !

J’aimais lorsque nous nous asseyions à la cuisine devant un bol de chocolat fait maison et que nous discutions comme de bonnes copines.

Ça va être vide sans elle !

C’est arrivé si subitement. Ça fait un an qu’elle nous parlait de son désir d’emménager avec son copain, mais ils sont jeunes, ils ont toute la vie devant eux !

Je ne lui ai même jamais expliqué comment on fait la cuisine ! Je préférais qu’elle se consacre à ses études ! Et puis cela peut être dangereux, on peut se brûler !

Je vais essayer de la convaincre de vider tous ses cartons pour que je lui apprenne tout ce qu’une femme doit savoir. Six mois ne seront pas de trop !

A 25 ans, il est temps de voler de ses propres ailes !

De toute façon, son « bébé » ne faisait que passer en coup de vent, pour laisser son linge sale et réclamer son argent de poche ! Autant dire que les discussions se faisaient rares !

Cela fait cinq ans qu’elle fréquente son ami, et sa future belle-mère a eut le temps de lui faire son éducation en matière d’activités ménagères.

C’est reparti les jérémiades, mais dès que sa fille aura le dos tourné, elle aménagera sa chambre pour en faire son bureau !

Ne vous inquiétez pas pour elle, elle se remet vite sur les rails !


 

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Publié dans Essais

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