Ah, ça c’est sûr, avec le travail qui l’attendait, il n’aurait pas le temps de se morfondre ! Raymond, agriculteur de son métier, au port de tête droit et fière pour son âge, attrapa de sa longue fourche, une botte de foin qu’il déposa à côté d’un tas déjà bien formé. Il pensa alors à toutes les relations qu’il connaissait pour embaucher de bons ouvriers qui viendraient l’aider dans ses moissons prospères. Tout en finissant son dur labeur, et suite à l’effort qu’il venait de fournir, le brave homme eu un long soupir rauque. « Aller, une dernière à enferrer, et j’irai à l’épinette donner à manger à mes ouailles pour les engraisser. Ensuite, je pourrai rentrer à la maison où un bon souper m’attendra. »

 

Mais le repas ne fût pas aussi reposant qu’il l’aurait souhaité. A peine se fut-il installé à la longue table de bois, que déjà on sonnait à la porte. « Ah non ! Pas encore cet emmerdeur de gauche ! » pensa Raymond, ainsi que sa femme d’ailleurs qui était gentiment allée ouvrir à monsieur Brouard.

 

Après avoir bu cordialement un apéritif tout en parlant de choses et d’autres, Gérard Brouard entra dans le vif du sujet.

 

— Alors mon cher Raymond, qu’avez-vous décidé ? Vous nous suivez pour les prochaines élections oui ou non ? Parce que vous savez que plus nombreux nous serons, plus de poids nous aurons.

 

— Vous savez moi, la politique, c’est pas mon truc. J’ai bien assez de boulot comme ça sur les bras, expliqua Raymond.

 

— Vous dites tous ça, vous les agriculteurs, puis cet été, vous viendrez encore vous plaindre de l’acte dérogatoire qui aura été signé pour les restrictions d’eau, et vous ne pourrez encore rien faire.

 

Voilà que Monsieur Brouard se mit une nouvelle fois à énumérer point par point toutes les entreprises qui pourraient être accomplies s’il devenait maire et que Raymond le soutenait.

Ce dernier connaissait par cœur la liste, alors il laissa ses pensées déambuler et ne reprit ses esprits qu’au sixièmement de l’exposé.

 

« Ah, j’aurais été bien plus tranquille tout compte fait, si j’avais écouté mon confiseur de père et que j’avais repris son commerce qui à l’heure actuelle est en plein essor. »

 

Son père était effectivement quelqu’un d’avisé, sur qui l’on pouvait compter, « mais je me suis comporté comme un nul, un insolent » se reprocha Raymond, qui se souvenait de cette fois où d’un ton tranchant, il avait appris à son paternel qu’il serait un simple paysan et qu’il ne reprendrait pas la suite de l’affaire familiale. Ce fut la première et dernière fois qu’il le défiait. Le vieux monsieur d’un certain âge avait eu quelque mal à se mouvoir après cette altercation, déçu de la nouvelle que venait de lui asséner son fils unique. Mais comme si de rien était, il s’était remis au déboulonnage de l’ancien moulin à café, en sifflant une vieille ritournelle. Jamais plus il n’en avait reparlé. A la retraite, il avait vendu son fond de commerce alors que son fils labourait ses champs.

 

Quand Raymond voyait comment les choses tournaient au sein de son travail, il était sûr au fond de lui que cette dispute, même si elle lui avait permis de voler de ses propres ailes, lui avait vraisemblablement desservie. S’il avait écouté son père, il serait confiseur, riche, moins harassé le soir et n’aurait pas à palabrer avec des hommes crapuleux.


Par SAM - Publié dans : Logorallyes
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires
Retour à l'accueil

Profil

  • : SAM
  • colombine
  • : Femme
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés