Une étoile a rejoint la voûte céleste…
Tu as traversé le temps.
Tu as existé presqu’un siècle entier.
Tu as vécu les 2 guerres mondiales.
Le XXème t’a vu naître, le XXIème siècle t’aura vu mourir.
Tu as traversé nos vies.
Tu étais liée à ma famille depuis 3 générations.
Tu as connu mon père, ma fille, petits, et tu m’as connu moi aussi.
Tu as participé aux moments importants de ma vie : baptême, communion, mariage.
Tu as croisé les plus grands de ce monde : des acteurs célèbres, des chanteurs adulés, des émirs arabes : Rita Hayworth, Mireille Mathieu, Le Shâh d’Iran…
Tu as voyagé à travers le monde, me rapportant toujours un petit souvenir : Espagne, Egypte, Portugal, Tunisie, Maroc…
Tu ne laisses derrière toi ni mari, ni enfant, ayant préféré la solitude. Tu as préservé ta vie privée comme un précieux trésor.
Tu aimais nous raconter quelques anecdotes des temps de disette, de l’occupation allemande ; celles aussi des stars. Mais jamais tu n’as mentionné un quelconque amoureux.
Pourtant, tu aurais pu avoir une vie extraordinaire si tu avais accepté la proposition de John Wayne de venir travailler dans son ranch américain. Tu as préféré ton statut de servante dans les hôtels les plus luxueux de Paris : Ritz, Carlton…
Tu portais bien ton nom, Armande. Douceur. Bienveillance. Délicatesse du parfum fruité de la graine. Amande. Une lettre en plus. Le R de la rareté. Oui, tu étais une personne rare, chère à tous ceux que tu as pu côtoyer au cours de ta vie.
Petite femme aux cheveux cendrés, frisés quand la pluie se faisait sentir ; des yeux bleus qui me berçaient de sa confiance, facilitant les confidences.
Pourquoi l’annonce de ton décès ne m’a-t-il pas autrement étonné ? Parce que c’est ce que l’on s’attend des gens âgés ? Ou à cause de ce cauchemar qui a horrifié mon sommeil une semaine auparavant ?
Un homme rôdait près de ta maison. Tu ouvrais les persiennes pour voir ce qui se passait. Du velux de la maison de mes parents, je te criais de rentrer chez toi, mais tu ne m’as pas entendu. L’homme t’a attrapé, et d’un seul coup, un seul, t’a empalé sur un immense crochet pendu au bout d’une corde.
Etait-ce de ta mort dont j’ai rêvée ?
Une étoile a rejoint la voûte céleste. Peut-être mon regard te croisera-t-il.
Paix à ton âme.