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La vie est jalonnée d’événements plus ou moins importants : des faits marquants qui chamboulent l’existence ( déménagement, maladie, décès… ) ; et des petits riens qui marquent insidieusement ( une parole, un regard…)

Ces petits riens qui, en se chargeant d’émotions, éveillent nos sens et remplissent notre bagage que l’on traînera tout au long de la route. Une couleur, une odeur, une saveur, une texture, un son.

Emotion purement intrinsèque, ressenti en nous, par nous, pour nous, indépendamment de l’environnement. Parfois extérieure, influencée par le message sensoriel qu’elle transporte, associée à la réaction des proches, émotion qui devient nôtre.

 

Petit filet d’eau s’écoule timidement dans un chemin tracé pour lui. Il suit sagement le creux qu’il doit remplir,  dont le lit devient plus profond, plus large.

Alors petit filet d’eau se gorge de force, il grandit, s’étend, s’élargit. Et les obstacles avec lui.

Quand il n’était qu’un petit filet d’eau, il était suffisamment fluet pour s’immiscer entre les éléments qui auraient pu lui barrer le chemin.

Ici, il glisse sur les cailloux polis. Là, il s’écorche aux branchages ou encore le tranchant des pierres. Il continue malgré tout, surpassant ses blessures,  cautérisant au gré du courant.

Petit filet d’eau est devenu ruisseau.

La fatigue le surprend, il aimerait s’arrêter un instant, s’asseoir sur la grève, s’abandonner au rêve, mais il ne le peut, son chemin est tout tracé, rien ne doit l’en écarter. Continuer coûte que coûte, avec pour seul but, la mer, au loin.

 

Un événement dans une famille, la mort d’un proche. Pour l’enfant, cela ne signifie rien. La mort, c’est quoi ? Autour de lui, tout le monde pleure, gémit : « On ne le reverra plus, jamais ! » C’est ça la mort, la disparition définitive de quelqu’un, et il faut être triste, pleurer, gémir. Alors l’enfant est triste, pleure, gémit.

Dans ses souvenirs, l’enfant associera plein de petits riens à cette journée particulière : le jour, le temps qu’il fait…Et la trace, inaccessible au premier abord ; mais si il cherche, il sentira qu’il a porté sur ses frêles épaules, la peine des adultes, une peine qui n’était pas la sienne, une peine dont il ne voulait pas.

 

Ruisseau poursuit sa route. Quand le vent se fait violent, ruisseau aussi change de courant. Il s’enfle, gronde, devient torrent. Il déblaie tout sur son passage, adieu les sentiments. En osmose avec ce qui l’entoure, il en impose. Il est le ruisseau qui ne fait plus qu’un avec le vent. La Nature a son langage et laisse parler les éléments.

 

Un regard, bienveillant, qui ne demande rien. Qui dit, tout simplement, l’amour qui est le sien. « Je t’aime comme tu es.» Alors l’enfant se sent confiant de cet amour non quémandé, de ce respect tant attendu, qui est venu comme désiré. Savoir que l’on n’est pas parfait, mais qu’on nous aime malgré tout. Que nos erreurs n’entacheront en rien l’amour qui nous est consacré. Et que d’erreurs, il faut en faire, pour ne plus les réitérer. Poser des mots, de la douceur, pour donner l’envie de progresser. Lorsque ce regard n’est plus, le rechercher au-delà du réel, l’invoquer au plus profond de son cœur, pour qu’il efface tous nos malheurs. Et ce simple regard, deux lanternes dans le noir, ont laissé une trace, au-delà du souvenir. Comme l’étoile du Berger, pour mieux nous guider, accroché dans le ciel, jusqu’à la nuit des temps.

 

Quand tout est calme, ruisseau profite du charme de l’environnement. Il sillonne tout doucement, entraînant dans sa promenade, une fanfaronnade, les chers sels minéraux qui enrichiront son eau.

Et dans les moments difficiles, un barrage de branches de bois, ruisseau sera le plus agile et détruira l’amas. Ne pas baisser les bras, non plus regarder en arrière, si ce n’est pour être fier du chemin parcouru. Et continuer …

 

Cet enfant va grandir, avec son paquetage de peines et de joies. Ces peines qui se rappelleront à lui dans la détresse, qu’il devra empêcher qu’elles ne le blessent, encore, et dans un dernier effort, rappeler à lui ses joies, qu’elles lui transmettent la foi, et dans un geste de rage, qu’elles balayent la peur, l’abandon, la haine, et que transpercent le regard, si bon, répandant sa chaleur, et un sourire.

 

Petit ru, ruisseau, rivière, fleuve, rien n’a pu te faire dévier de ta route, mettre en déroute le  but que tu t’étais fixé. Tu traînes derrière toi, des kilomètres, toutes sortes de sable, des alluvions. Te voilà arrivé au bout, prêt au grand saut, la fin d’une vie, le début d’une autre. Et te jeter dans la mer, gouttes dans l’univers. Toi tout seul tu n’es rien, mais avec tes semblables, tu es tout…

Par SAM - Publié dans : Prose
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