J’ai froid. Tout le temps. Impossible de me réchauffer. Trois épaisseurs de pulls n’y changent rien. Les grosses chaussettes de laine par-dessus le bas de pantalon n’empêchent pas l’air et l’humidité de s’engouffrer jusqu’à ma peau.
Inutiles les gants et le bonnet. Inutile tout cela puisque le froid provient de l’intérieur. Mes os sont des stalactites dans les cavernes de mon corps. Ces sculptures congelées irradient leur souffle glacial à l’ensemble de mon organisme. Souffle qui glace mon sang, pétrifie mes muscles, engourdi mes chairs. Et au contact de mon épiderme, le choc entre la froidure et la température ambiante provoque des frissons incontrôlables.
Mon cerveau aussi est neutralisé par cet hiver interne. Il fonctionne au ralenti, gardant sa précieuse énergie pour effectuer les gestes vitaux du quotidien : boire, manger…puisant dans le gras de mes souvenirs. Il aurait pu comme l’écureuil ou le renard, avant la tombée du rideau des feuilles, faire ses provisions, mais ce genre d’événement ne prévient pas. L’hibernation corporelle sévit en toute saison.
Corps et âme resserrent leur étreinte afin de s’insuffler un peu de chaleur et de force.
Durant cette hibernation contrainte, un seul point reste à fixer : survivre. Seul ce point perdure sous l’évanouissement des notions de
temps, d’espace et de lieu…