Il y a un an ou deux, j’aurais pu répondre du tac au tac à cette phrase. Mais là, je m’interroge sur le sens du mot « tare ».

Dans ma tête, tout n’est plus aussi figé qu’avant. C’est plus simple ; paradoxalement, plus complexe. Cela dépend où l’on se tient. En tout cas, la nuance apporte plus d’espace, plus de possible, plus de liberté.

Je suis comme une planète qui gravite autour d’une chose, d’une personne, d’un sentiment, ici, du mot « tare ». Des angles de vue différents, les perceptions changent. Le problème, c’est que j’ai beaucoup de tares.

 

La première, - puisqu’elle se réveille en même temps que moi le matin, - est ma difficulté à m’adapter au jour nouveau. Je suis de mauvais poil. Levée du mauvais pied. Quotidiennement. Il ne me faut aucune musique, aucune parole, aucun bruit. De la tranquillité. J’ai besoin d’un bon petit déjeuner consistant pour mettre la machine en route. J’ai l’avantage, ou l’inconvénient, - je le répète, ça dépend du point de vue, - d’être à l’écoute de mon corps. Comme un nourrisson qui vient  de naître, j’ai besoin, petit à petit, de m’accoutumer à la lumière, à ce monde inconnu qui m’est offert. Je fonctionne au diesel. Un coup en marche, je carbure !

 

La deuxième tare, c’est ce décalage flagrant qui me définit aux yeux du monde. Je ne regarde jamais les informations. Je ne sais donc, par conséquent, rien ou peu de ce qui se passe. Alors, quand je rencontre quelqu’un qui me dit : « Ah, tu as vu… », je suis à côté de la plaque. Invariablement.

Ce n’est pas dérangeant tant que je reste seule. J’ai l’impression d’être considérée comme une extraterrestre tout droit descendue de Mars ou de la Lune. Parfois je trouve ça rigolo. Cela me confère une identité propre. C’est ma marque de fabrique. Mon unicité. D’autres fois, je ressens de la peine car cela me marginalise : les gens ont peur de ce qui leur diffère. Pour rester positive, je dirais que j’ai ainsi la chance de conserver un esprit qui n’est pas pollué par des événements qui ne le concernent pas directement, pouvant s’occuper, activement, de ce qui le préoccupe. Je peux apporter le brin d’air faisant défaut à ceux qui étouffent. Je suis le gai-luron, le fanfaron, le feu follet.

 

La troisième tare, la dernière – je vais m’arrêter là, sinon vous allez me détester -, mais non des moindres, est mon ignoble intolérance. Je dirais, plus justement, mon impatience à ce que les gens trouvent le bonheur. J’ai une telle hâte à partager mes expériences, à ne donner que le nectar en ayant, au préalable retiré l’acidité, les pépins, la pulpe, en faisant le tri, en mâchant le travail pour l’autre, que j’en perds ma tolérance, mon respect de ce que l’autre vit et de qui il est. J’ai la conviction que ma voie est la bonne et que ce sera forcément la bonne pour eux aussi. Mais je sais qu’il leur faut vivre ce qu’ils ont à vivre afin de laisser mourir ce qui doit l’être. Ainsi incarné-je l’espoir. Je suis la preuve vivante que ce qui ne tue pas rend plus fort. Pourtant, la partie est loin d’être gagnée. Il me reste même encore un sacré chemin à parcourir. La route est longue et ne se termine d’ailleurs qu’avec la mort. Je suis le « boost » qui permet peut-être d’accélérer le cours du destin, la prise de certaines décisions. Je suis le coup de pied au cul salvateur. Je ne peux demeurer là sans rien dire, sans agir. C’est de la non assistance à ami en danger. Je suis pressée, maladroite, bousculante. Puisque c’est cette route qui compte et non le but…


Par SAM - Publié dans : Textes courts
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Retour à l'accueil

Profil

  • : SAM
  • colombine
  • : Femme
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés