Quand je reviens en vacances dans mon village natal du Centre, ce sont mes racines que je retrouve. L’air me revivifie, je me sens renaître.
J’en profite pour me ressourcer et me décrasser de la pollution de la ville où j’ai émigré le jour où j’ai suivi mon mari.
Je m’offre alors de longues balades en forêt où l’odeur m’est si familière…
A l’entrée du bois, je retrouve le vieux lavoir dont un maçon est en train de refaire le crépi : c’est important de sauvegarder notre patrimoine. C’est de notre histoire qu’il s’agit !
J’aime à imaginer les femmes d’autrefois, avec leur foulard sur la tête afin de se protéger du soleil, assise à quatre pattes au bord du ruisseau, à frotter le linge de leurs gros pains de savon noir, pas les luxueuses savonnettes des grands hôtels !
Les peupliers qui surplombent le paysage doivent être d’époque, témoins d’un temps révolu.
Avec les saules pleureurs, ce sont mes arbres préférés. Pourtant ils n’offrent pas du tout la même silhouette au regard : tandis que les uns s’élèvent majestueusement dans le ciel, les autres s’inclinent gracieusement vers le sol. Mais tous deux se plaisent sur un sol humide, près d’une source aquatique, une rivière ou un étang.
Ce devait être gai les heures passées à papoter entre femmes du hameau, allégeant la besogne.
Parce qu’en hiver, le linge se faisait à l’intérieur, dans de larges bassines de fer remplies de l’eau que la fermière avait préalablement faite bouillir. Pour combler le silence et la solitude, elle fredonnait sans doute une ritournelle du pays.
Les journées froides passées au coin du feu, mais sûrement pas à lézarder. Peut-être préparait-elle les foies des oies ou des canards qui orneraient les assiettes d’appétissants médaillons lors des fêtes de fin d’année ?
En ce qui concerne les autres volailles, elle s’en allait dans la cour tâter les croupes des poules ou des dindes pour voir si elles étaient assez dodues pour être mangées. Les tuer, les déplumer, les vider : quels labeurs !
Et pour celle qui possédait des bêtes plus conséquentes, c’était l’homme qui s’occupait d’abattre l’animal, laissant à sa femme le soin de nettoyer les morceaux pour en récupérer de bons jambons ou jarrets.
Pour ceux qui avaient également un potager, ils devaient régulièrement inspecter les carrés de pommes de terre pour en retirer les doryphores, coléoptères à rayures qui apprécient tant de se nourrir de ces plantes, et préserver les pieds du mildiou.
Après de telles journées, nul doute que hommes et femmes ne devaient pas souffrir d’insomnies comme aujourd’hui, malgré le manque de moelleux de leur paillasse.
C’est important de savoir d’où l’on vient et de garder des liens forts avec ses origines. Cela m’a toujours permis de garder les pieds sur terre, sur ma terre.