J’aime les arômes qu’exhalent certaines fleurs, mystérieux, qui se cherchent, se reniflent en plusieurs fois : violettes, lilas…
J’aime lorsque, dans les jardins, les tondeuses s’y donnent à cœur joie et que bientôt mes narines frémiront à l’odeur de l’herbe fraîchement coupée : Renouveau, été, chaleur…
J’aime les vapeurs de fritures et de sucreries qui viennent des stands des forains, avec la foule qui se bouscule devant les échoppes, le pépiements des enfants qui réclament : beignets, barba papa, merguez, frites…
J’aime sentir les bouffées dégagées par les cigarettes quand le soleil cogne sur nos têtes : tabac blond…
J’aime marcher sur les trottoirs des villes et aspirer à pleines goulées les gaz des pots d’échappements des camions : monoxyde de carbone, volutes noires…
J’aime croiser un homme parfumé avec intelligence, pulvérisations dosées - car il n’y a rien de plus repoussant qu’un homme qui « pue la cocotte » - fermer les yeux et m’imaginer dans ses bras : suffocations, orgasmes …
J’aime les parfums pour femmes, vanillés, épicés, capiteux, car ma peau ne retient pas longtemps les fragrances de la substance odorante ; ainsi que les cosmétiques aux senteurs d’iode où en une inspiration je me retrouve près de la mer à m’enivrer de la déferlante salée : algues, embrun…
J’aime les maisons à l’odeur de renfermé qui me rappelle celle de mes aïeux, vieille demeure à la transpiration de murs : enfance, trésors…
J’aime les effluves de muguet, eau de Cologne achetée pour le quatre-vingt dix-huitième anniversaire de mon arrière grand-mère, et que je lui tamponnais dans le cou avec mon petit doigt : souvenirs, sagesse…
Par contre, je n’aime pas le fumet du curry, qui me monte à la tête, me met dans un état incertain : nausée, étourdissement…
Je n’aime pas entrer dans une pièce où les mégots de cigarettes ont refroidi à la fraîcheur de la nuit : pincement de nez, inconfort …
Je n’aime pas sortir dehors après la pluie et respirer l’odeur de l’asphalte humide : âpreté, froidure …
Je n’aime pas l’odeur de chien mouillé qui entre comme un fou après une promenade sous une averse et qui s’ébroue pour se sécher les poils : désordre, saleté…
Je n’aime pas les parfums de femmes aux notes fleuries, entêtants, et qui manquent de subtilités : agression, lourdeur…
Je n’aime pas l’odeur de mes pieds, qui après une journée, enfermés dans mes chaussures, ont une émanation tenace, les relents d’un camembert bien fait : marche, sueur…
Je n’aime pas non plus la moiteur d’entre mes cuisses que de ma main je reniflais, petite fille négligée comme le disaient les grands, mais dont je me délectais irrésistiblement : intimité, découverte…