Je me sens seule, incomprise, incertaine.

 

Déjà, enfant, je m’imaginais venant d’une autre planète, m’amusant à appeler mes congénères intergalactiques pour qu’ils viennent me chercher. Aucune réponse ne me parvenait. Pourtant, j’y croyais si fort !

Dans mon village, je sentais sur moi les regards d’envie que me lançaient les enfants de mon âge. Mais je ne savais pas pourquoi. Dans le car, ils en profitaient pour me tirer les cheveux, me voler mon mouchoir. Je ne voulais plus aller à l’école, ni monter dans ce car. Je préférais rester à la maison avec ma mère qui ne travaillait pas. J’aurais ainsi pu aller soigner les bêtes que nous élevions dans la volière au fond du jardin : les poules, les lapins, les pigeons… J’aurais pu me balader au gré de mes pensées dans les champs avoisinants, faire des promenades en forêts.

Je le faisais pendant les vacances mais cela ne me suffisait pas. S’il n’avait tenu qu’à moi, je n’aurais vécu que de Nature !

Ma mère, qui m’incitait à vivre ainsi, voulant me protéger, me surprotéger devrais-je dire, ne me donna pas les bagages nécessaires pour m’en sortir dans la vie. Il en résulta la répétition de mes peines de petite fille.

Je n’étais bien nulle part, sauf chez moi.

 

Ma mère et mon père ne m’aidaient pas à grandir, ils m’étouffaient.

Quand je revenais du collège, me plaignant de l’absence de gentillesse de mes copines à mon égard, ma mère me demandait si ce n’était pas un peu ma faute, vue le caractère que j’avais.

Effectivement, elle s’était aperçue, au fil des ans, qu’elle ne pouvait plus obtenir aussi facilement de moi câlins et soumissions, et elle me prit en grippe. Je ne devais plus attendre de compréhension de sa part.

Elle me dit, un jour que je ne voulais pas qu’elle m’embrasse : « C’est pas la peine de venir me voir quand tu voudras un bisou ! »

Je ne fus bien nulle part, même plus chez moi.

 

Plus âgée, je compris pourquoi les enfants de mon village ne m’aimaient pas. Ils étaient jaloux parce que mes parents possédaient des biens immobiliers, de l’argent. Sans doute avaient-ils entendu leurs propres parents en parler.

Je ne saisissais pas la satisfaction qu’avaient certains de me critiquer, de m’isoler, puisqu’ au collège, école privée, les autres enfants étaient riches comme moi pour la plupart.

Avais-je une tête qui ne revenait pas ? Etais-je stupide ? Naïve ? Pour cette dernière question, c’est un « oui » sans modération. Même à trente ans, je trouve que c’est une qualité plutôt qu’un défaut.

 

A l’adolescence, je dus affronter les moqueries acerbes de mes camarades de lycée.

Je déprimais de plus en plus, en total échec scolaire. Plus rien n’allait.

J’en parlai à la surveillante avec laquelle je m’entendais bien. Suivant son conseil, j’allai tout raconter à mon professeur principal. Celui-ci me demanda le nom de mes perturbateurs, me jurant le silence. Il n’en fut rien. La situation dégénéra. Toute la classe s’y mit, même les professeurs, faisant semblant de ne rien voir, de ne rien entendre.

Mes parents refusaient eux aussi de me venir en aide.

Encore aujourd’hui, je fais des cauchemars où ces quelques personnes m’écrasent de leur regard dédaigneux.

 

Sont-ce ces accumulations d’échec avec mon prochain qui m’ont rendue si peu confiante envers les gens quels qu’ils soient ?

Est-ce mon caractère « de cochon », comme le répétait si souvent ma mère, qui m’a valu toutes ces humiliations ?

Ce caractère m’était–il propre dès la naissance ou s’est-il développé ainsi au gré de mes difficiles rencontres ?  

 

J’ai tenté de répondre à ces questions en me rendant chez une psychologue pour entamer une thérapie. Je lui racontai mes rêves effrayants, mes angoisses à m’éloigner de la maison, mes relations conflictuelles à mes parents, mes insatisfactions permanentes. En deux mois, je me sentis renaître ! J’étais encore mineure, donc dépendante financièrement de mes parents et ceux-ci prétextèrent un manque d’argent mettant fin à mes rendez-vous hebdomadaires. Ils ne supportaient pas que je puisse me confier à quelqu’un d’autre qu’eux. Mon père se plaignait toujours que la psychologue n’en avait qu’après notre argent et ma mère ne l’aimait pas alors qu’elle ne l’avait croisée qu’une seule fois.

 

A dix-huit ans, je renouvelai l’expérience, mais avec une autre spécialiste choisie sur le lieu de mes études. Les « psy » ont défilé depuis et plus jamais je n’ai retrouvé ce bien-être ressenti lors de ma première thérapie. Avec rancœur, je pense sincèrement que tout aurait été réglé si mes parents avaient pensé à mon bonheur et non au leur.

Mon caractère est encore plus exacerbé, indomptable. J’ai affreusement souffert de ne pas être acceptée, de ne pas être simplement « comme tout le monde ».

 

Je me sens seule, incertaine, incomprise. Peut-être était-ce mon destin ?

 

Mais je lutte de toutes mes forces pour ne pas être une marionnette manipulée, une madeleine adroitement moulée.

 


Par SAM - Publié dans : Textes courts
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