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La grammaire est-elle vraiment une chanson douce comme le prétend Erik Orsenna dans son livre pour enfants ?

Jeanne, 10 ans, prend le bateau avec son frère Thomas, âgé de 14 ans, pour rejoindre l’un de leurs parents qui habite désormais de l’autre côté de l’Atlantique. Pendant la traversée, une grosse tempête fait rage. Les deux enfants se réveillent sur une île étrange, muets. Ils sont accueillis par Monsieur Henri et son neveu qui vont les aider à retrouver la parole. Pour cela, le Salvador de l’île leur fait visiter des lieux étonnants où de nombreuses surprises les attendent : le marché aux mots où acheter des rimes, des mots pour extérioriser ses émois, des expressions pour déclarer sa flamme, ou encore des gros mots fleuris.

Ils vont également rencontrer la « nommeuse », une vieille femme qui redonne vie aux mots en les nommant.

Puis, ils vont observer « la ville des mots ». C’est là que Monsieur Henri donnera sa leçon de grammaire : les noms, les articles, les adjectifs, les pronoms, les invariables et leur rôle. Mais les mots à force d’être trop prononcé à tout bout de champ, s’usent et finissent à l’hôpital, comme la phrase « je t’aime ».

Tout n’est pas paisible sur cette île. Le monstrueux Nécrole veille. Son but : exterminer les mots. C’est ainsi que Jeanne se retrouve entre ses griffes et qu’elle passe deux semaines dans la Sècherie, la classe de Madame Jargonos dont le nom lui va à ravir puisqu’elle jargonne des cours de français incompréhensibles et rébarbatifs. Monsieur Henri vient délivrée la fillette pour finir par la conduire à l’usine où elle réapprendra à construire des phrases. Et, en poussant la seule porte qui lui est interdite, Jeanne passera un moment privilégié avec St Exupéry, Proust et La Fontaine avant de retrouver ses parents.

 

Après la lecture de ce roman, on peut admettre sans mal que la grammaire est une chanson douce. Erik Orsenna nous enchante avec cette histoire où Jeanne, comme une Alice au pays des merveilles, nous entraîne dans le sillon des mots. L’auteur utilise la poésie pour distiller avec douceur certaines informations : « l’imparfait est le temps de la durée qui s’étire ». L’humour aussi pour nous apprendre du vocabulaire : « désespérade » synonyme d’affliction, ou cette expression « je suis coiffé de toi » au lieu du banal « je t’aime », que  « Tout le monde dit et répète « je t’aime »… « Il faut faire attention aux mots. Ne pas les répéter à tout bout de champ. Ni les employer à tort et à travers, les uns pour les autres, en racontant des mensonges. Autrement, les mots s’usent. Et parfois, il est trop tard pour les sauver. »

Alors, il faut que vive les mots car il meurt 25 langues années chaque année,  avec modération bien-sûr !

 

La semaine prochaine, un roman de cette rentrée littéraire, « Fragments d’une femme perdue » de Patrick Poivre d’Arvor.


En attendant, bonne lecture.

 

 

Diffusé le lundi 16 novembre 2009 à 18h20, le mardi 17 à 8h45 et 16h20, le mercredi 18 à 14h45 et 23h45, le jeudi 19 à 11h45 et le vendredi 20 novembre à 9h20, le samedi 21 novembre à 17h15 et le dimanche 22 novembre 2009 à 9h45 et 17h45 sur IS75.

A réécouter en podcast ici 


Par SAM - Publié dans : Articles
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